Analyse des Essais

Livre universel, « Les Essais » est l’œuvre maîtresse de Michel de Montaigne (1533-1592), dont la rédaction occupa les vingt dernières années de son existence.

Trois thématiques principales peuvent être dégagées de ce traité philosophique : la vision du monde développée par Montaigne, l’éloge de l’humanisme et le caractère introspectif de l’œuvre.

 

Une vision du monde empreinte de relativisme

Bien que catholique, Montaigne mentionne rarement le Christ, ne s’intéresse pas aux miracles et ne semble pas se préoccuper de notions comme le péché et le salut. Il est avant tout adepte d’un culte de la nature, qui se penche plus sur l’homme que sur son Créateur. En matière religieuse, Montaigne se révèle proche des philosophes antiques comme Epicure. La religion n’est pas un mode de pensée pour lui, mais un vecteur de cohésion sociale.

Il ne développe pas non plus de grandes théories historiques sur l’évolution des peuples. Les anecdotes abondent, l’auteur étant un lecteur assidu des chroniqueurs médiévaux. Montaigne verse souvent dans l’ethnographie, et fait montre de tolérance en se montrant très critique envers la colonisation des Amériques.

C’est certainement dans les domaines de la politique et de la justice que « Les Essais » sont les plus passionnants. Montaigne s’interroge sur la manière dont l’ordre social est assuré dans la civilisation européenne. Il développe une approche toute empirique de l’exercice du droit, qui reconnaîtrait la diversité des hommes et se ferait loin de toute superstition. Pragmatique avant tout, il ne croit pas en un système politique idéal, et s’oppose aux modèles trop théoriques comme celui énoncé par Machiavel.

 

Art de vivre et humanisme

De cette vision du monde découle son approche de l’existence humaine : indifférent au concept chrétien de l’au-delà, Montaigne se focalise sur la vie terrestre. Pour lui, tout projet de vie doit être la justification de chaque moment de l’existence. Sans être pour autant hédoniste, Montaigne défend la préciosité de la vie, due à son extrême fragilité, et définit un art de vivre exprimé dans l’action permanente et la beauté des sentiments.

Il fait notamment l’éloge de l’amitié, à travers sa relation avec La Boétie. De manière générale, il pose les bases d’un art de vivre sain et simple, où l’ouverture aux autres et le respect de soi sont au centre de tout. Son idéal rejette la vanité et se satisfait de plaisirs tels que la lecture, la discussion et le voyage. On note également la place importante occupée par la nature. Montaigne adopte là la position des philosophes de l’Antiquité, ne croyant pas à la supériorité de l’homme sur l’animal.

La notion centrale du livre est certainement la réflexion autour de la nature humaine. Moins optimiste qu’Erasme, Montaigne fait preuve d’humilité en considérant l’homme comme perfectible, et se montre sceptique quant à l’idée de progrès. Il insiste sur la misère de l’homme, mais fait de cette faiblesse l’instrument de sa grandeur. Il se refuse à classifier les hommes, et cherche plutôt à les définir en relatant mœurs, coutumes et évènements.

 

Lucidité et introspection

Montaigne ne se définit pas lui-même comme philosophe, même s’il reconnaît l’influence de certaines doctrines sur ses idées. « Les Essais » empruntent aux sceptiques, aux épicuriens et aux stoïciens. Des premiers, il reprend le doute quant à la possibilité pour l’homme d’atteindre la connaissance, limité par son corps et ses passions. Des deuxièmes, il partage l’attrait pour la plénitude de l’existence et les plaisirs simples. Des derniers, il vante la volonté de ne pas s’attacher aux biens extérieurs pour être heureux, fidèle en cela à Sénèque.

« Les Essais » sont enfin un formidable exercice d’écriture, dédié à l’introspection réalisée par Montaigne dans les dernières années de sa vie. L’écriture devient un refuge, une manière de se replier sur soi pour mieux se comprendre. La rédaction des « Essais » peut aussi être interprétée comme une analyse lucide de Montaigne en tant qu’homme, cherchant à répondre à cette seule question : « Qui suis-je ? ».

Le livre s’achève sur une réflexion profonde sur la mort, éliminant résolument sa définition chrétienne et la notion d’au-delà. La conscience de sa propre finitude devient pour Montaigne un moyen d’atteindre la sérénité et de prôner l’amour de la vie.

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